1/
Je suis en train de lire "La revanche des She Punks" de Vivien Goldman.
castorastral.com/livre/la-reva
Et franchement, plus ça va plus je comprends Alice Coffin quand elle dit vouloir se débarraser des hommes (cad ne plus lire leurs livres, voir leur films, etc).
C'est R.Amsellem qui explique dans sa newsletter : "Les femmes doivent lire des livres écrits par des femmes[...] parce que nous devons investir notre imaginaire d’analyses de femmes"
lesglorieuses.fr/lire-veut/?v=

2/
Grâce à cette polémique je commence à piger à quel point mon imaginaire a été construit par le regard masculin. En fait j'avais jamais envisagé la chose sous cet angle. Pourtant ce n'est pas la première fois que j’entends parler de "décoloniser son imaginaire", mais j'avais jamais fait matcher le concept avec sa concrétisation. La théorie, la praxis, tout ça.

3/
Avec "La revanche des She-Punks" je suis en train de "prendre conscience" du phénomène. Je ressens le même type de plaisir intense que j'avais eu en lisant "De fringues, de musique et de mecs" de Viv Albertine (Un bouquin indispensable). L'Histoire du punk racontée par celles qui ont fait cette histoire. Et de suite tout change. La construction de l'histoire change.

4/
Et c'est totalement différent de lire une histoire du rock racontée par des rockeuses, que de lire une histoire des rockeuses racontée par des mecs.
La construction même de l'histoire, ses imbrications, son déroulé, ne sont pas les mêmes. Et les deux constructions ne sont pas forcément complémentaires, parfois elles s'opposent, se contredisent.

5/
A titre de comparaison, j'ai lu deux bouquins qui parlent de femmes de science : "Trop belles pour le Nobel" écrit par un homme (Nicolas Witkowski) et "Ada Lovelace" par Catherine Dufour. Deux salles deux ambiances. Le premier décrit Ada Lovelace comme "Fille du poète Byron, elle se partageait entre les soirées mondaines et l'étude des mathématiques". On y apprend qu'elle fut "la muse de l'inventeur Charles Babbage, brillant mathématicien de Cambridge".

6/
Le chapitre consacré à AL est d'un insupportable paternalisme. "Mais si Ada ne fut qu'une muse dans le gotha savant [...] elle est une muse remuante". Mais. En lisant la bio de Catherine Dufour, vous vous construisez une tout autre histoire (ajd on parle de "femme puissante"). Une toute autre histoire d'AL, mais aussi de l'histoire des sciences dans son ensemble, avec des statues qui tombent et d'autres qui s'érigent. C'est tout l'imaginaire relatif à la vie scientifique qui se chamboule.

7/
Et les portions d'Histoire racontées par des hommes et par des femmes ne se complètent pas toujours, parfois elles s'opposent, se contredisent. Et c'est faux de dire que "la vérité doit être un peu au milieu" ; souvent la vérité est politique. La vérité du dominant ignore totalement celle du dominé, alors que celle du dominé intègre la vision omniprésente et écrasante du dominant.

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Je n'en suis qu'au début de mon bouquin sur "La revanche des She Punks", mais déjà tout est là. Je vous mets deux courts extraits, vous allez vite piger ce que je veux dire ;)
Pour poser sa vision féministe du mouvement, Vivien Goldman commence par dézinguer notre imaginaire pré-construit.
Je pense que je reviendrai sur ce bouquin pour , mais déjà je sens que je vais prendre un bon gros plaisir à rebooter à nouveau mon imaginaire.

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Et là du coup je dis merci à Alice Coffin d'avoir mis les mots sur un mécanisme dont je n'avais pas réellement pris conscience.

Et pour la ref au bouquin de Dufour sur Ada Lovelace:
babelio.com/livres/Dufour-Ada-
Et celle de Viv Albertine:
buchetchastel.fr/de-fringues--

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